Notre responsabilité face à la crise et aux risques de défaillances en série

Dans un système capitaliste, dont on dit souvent qu'il ne se préoccupe pas du bien de l'Homme mais principalement de la création de valeur financière, la compassion à l'égard des plus fragiles et la solidarité l'ont emporté, pour un temps au moins, sur la recherche du profit.

Du fait de cette posture, qui constitue une excellente nouvelle à l'égard de sociétés en recherche de valeurs et de sens, la réponse à la crise humanitaire a engendré une crise économique inédite, en cela qu'elle n'est pas subie, mais bel et bien provoquée en conscience par les gouvernants.  La plupart d'entre eux en assument d’ailleurs une part significative des conséquences en prenant, immédiatement, des mesures économiques fortes, de soutien des entreprises les plus fragiles et de sauvegarde des emplois. Cela relève en effet de la responsabilité collective et sociétale de l’État d’assumer ces mesures de réassurance afin de permettre à chacun de se consacrer le plus sereinement possible, personnellement et professionnellement, à une contribution à sa propre mesure, en fonction de ses moyens et de ses compétences.

Á l’instar des États, le corps médical, dans un élan de dévouement et d’abnégation qui forcent le respect, assume grandement sa part de responsabilité pour juguler la crise sanitaire.

En tant qu’acteurs économiques, notre responsabilité est de contribuer à atténuer, au plus tôt, et de la manière la plus efficiente, les effets économiques de la crise qui va, sans aucun doute possible, provoquer une vague de défaillances sans précédents. Les mesures collectives d’accompagnement de la part des pouvoirs publics devront être relayées par les acteurs privés afin d’enrayer les mécanismes de défaillances en cascade. En effet, hors période de crise, plus d’un quart des défaillances sont dues à des impayés, et touchent donc des entreprises saines qui se voient entraînées malgré elles vers la faillite. Compte tenu de l’ampleur de la crise actuelle, ce ratio va augmenter sensiblement. Il est donc primordial d’aider les entreprises à se prémunir au maximum et rapidement de ces mécanismes en chaine.

Par ailleurs, plus une situation de difficultés est connue en amont, plus les parties concernées ont la capacité de se concerter rapidement et de prendre les mesures qui permettront dans bien des cas de préserver une issue favorable : c’est un fait avéré, le pire étant de découvrir une situation trop tardivement et lorsque les difficultés ne peuvent plus être surmontées.

Il est donc primordial d’aider les entreprises à identifier ceux qui, parmi leurs partenaires, ont une situation qui se dégrade, afin de prendre les mesures ad hoc. Ainsi, elles pourront permettre de diminuer le nombre de celles qui devront se mettre sous la protection de mesures juridiques appropriées.

Plus les situations seront identifiées en amont, évaluées avec lucidité et traitées au cas par cas, plus les impacts de la transmission en chaîne seront atténués.

En tant que société de renseignement commercial, nous aidons les entreprises à mesurer et anticiper les risques liés à la défaillance des tiers avec lesquels elles ont des relations d’affaires. Plus que jamais, notre rôle est de leur proposer des informations pertinentes, réactives et sachant prendre en compte, de manière quasi-instantanée, une actualité excessivement changeante. Au moment où nous connaissons le plus haut niveau d’incertitude depuis une décennie quant aux évolutions économiques et aux impacts financiers de la crise sur les entreprises, il est essentiel de pouvoir apporter des éléments de clarté dans un contexte de confusion.

Infolegale, conscient de ces enjeux, impacte et alimente son modèle de scoring pour l’évaluation des risques avec les éléments d’actualité les plus récents. Conçu nativement pour permettre d’intégrer des paramètres de conjoncture, évènementiels et sectoriels, notre scoring est alimenté et paramétré afin de traduire au mieux les impacts de la crise, c’est-à-dire afin de ne pas les ignorer ni les surévaluer.

En effet, deux écueils principaux sont à éviter si nous voulons accompagner nos clients pour se relever au plus vite de la situation. Le premier serait de ne pas tenir compte des évènements dans notre score rendant celui-ci inutile pendant cette période exceptionnelle : comment utiliser un scoring qui ignore les impacts évidents de la situation. Le second serait de surévaluer les impacts et de dégrader de manière brutale et trop significative l’ensemble des notes, ce qui rendrait le scoring tout aussi inefficient, puisqu’il ne permettrait plus de discerner la réalité des situations. Il existe de nombreux signaux, forts et faibles, propres à la situation actuelle, qui peuvent être analysés et venir impacter l’évaluation des risques, dans le sens d’une dégradation lorsque les impacts sont sans appel, mais également dans le sens d’une amélioration de score si l’on sait prendre en compte l’impact des mesures d’accompagnement et de soutien, la situation de l’entité avant la crise, les mécanismes de solidarité qui se mettent en œuvre, etc.

La situation actuelle, met également en lumière une des limites de l’utilisation de la seule intelligence artificielle et de la data science pour l’établissement du scoring de prédiction des risques. En effet, dans une période où nous ne disposons pas de recul et de données comportementales historiques, l’intelligence artificielle est inopérante. Ainsi, un score basé uniquement sur de l’IA s’avère totalement incapable de s’adapter et d’assurer la base même de sa fonction. C’est pour cette raison que le modèle de scoring d’Infolegale intègre l’IA comme une composante complémentaire importante aux modèles statistiques initiaux mais non comme le moteur principal ou unique. Les composantes conjoncturelles, ainsi que la pertinence des données collectées et sur lesquelles nous nous basons, sont essentielles. Elles nous permettent aujourd’hui de générer des mises à jour pertinentes et de proposer un scoring et des informations qui viennent éclairer les décisions de nos clients. Nous pouvons ainsi contribuer à ne pas augmenter les volumes de sociétés défaillantes.

Nous disposons actuellement, dans une plus grande mesure qu’à l’habitude, d'une ressource qualifiée de rare dans nos économies de l’instantané : le temps. Plus que jamais, les entreprises ont besoin de transparence, de réactivité, d’anticipation, d’informations pertinentes et de capacité à les interpréter pour assurer une reprise rapide et solide. Á l’heure où les compétences sont mobilisées pour maitriser la crise sanitaire et où, nous espérons une inversion prochaine des courbes de progression de la maladie, mettons à profit le temps qui nous est accordé durant cette période de crise et nos compétences professionnelles, afin de préparer la reprise et d’inventer ensemble un futur optimiste.


Bertrand LAFFAY
Directeur général  ̶̶  Cofondateur d’Infolegale

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